10 questions à Stéphanie Bourgault-Dallaire

Crédit photo: Sarah Scott

Franco-albertaine d’adoption, Stéphanie Bourgault-Dallaire est auteure, enseignante et maman à temps plein. En 2015, elle publie les romans Abigaëlle et le date coaching et Abigaëlle et la séduction prénatale aux éditions Libre Expression. Quelques mois après la parution du premier titre, elle est en lice pour le Prix d’Excellence Sylvie Van Brabant. Abigaëlle et la retraite amoureuse, dernier roman de la série parait en 2017. Stéphanie Bourgault-Dallaire a créé Abigaëlle, une très sympathique optométriste de trente-deux ans qui est à la recherche du bonheur et de l’homme de sa vie. Le style rythmé teinté d’humour de l’auteure franco-albertaine capte l’attention de nombreuses lectrices qui s’identifient souvent à cette héroïne inoubliable.

Amoureuse de sa famille et passionnée de la littérature, Stephanie Bourgault-Dallaire rallie un lectorat fidèle, dont les intérêts varient entre le milieu de l’éducation, la petite enfance, la littérature et la francophonie canadienne.

Sur la lecture

1. Êtes-vous vous une grande lectrice? La lecture demande-t-elle la même disposition que la création?

En effet, autant la lecture que l’écriture me transporte dans une zone d’hyperfocus pouvant me mener à oublier de dormir, ou à brûler une lasagne… Pour m’éviter ce genre d’ennuis, je tends à définir soigneusement les moments lors desquels je vais m’abandonner entièrement à l’une ou à l’autre.

Pour l’écriture, je vais donc nourrir patiemment une idée en attendant de voir apparaitre à mon calendrier de travail régulier, qui est l’enseignement, une anomalie me permettant de m’asseoir assez longtemps pour libérer cette histoire. Sans une telle disponibilité, je peaufine mon plan. L’expérience de lecture idéale étant pour moi une immersion dans l’univers de l’auteur avec, de préférence, peu d’entractes, je recherche cette même disposition.

2. Pourriez-vous partager vos coups de cœur littéraires avec nos lecteurs ?

Très spontanément je pense à Va chercher : L’insolite destin de Julia Verdi de Geneviève Lefebvre. Je pense à la bouleversante pièce de théâtre Flush de la fransaskoise, Marie-Claire Marcotte, abordant avec une ingéniosité poignante le concept de la famille. Je pense aussi à Les corps extraterrestres de Pierre-Luc Landry, la lecture qui m’accompagne en ce moment.

3. Nous vivons la période de confinement depuis quelques semaines. Quels sont vos auteurs favoris de la Bibliothèque des Amériques que vous conseilleriez aux jeunes ainsi qu’aux adultes ?

Chacun y trouvera son compte, c’est l’abondance !!!

D’abord, l’enseignante vous recommande chaudement les œuvres de Pierrette Dubé, mais particulièrement son album La petite truie, le vélo et la lune. Cette histoire de persévérance est un véritable coup de cœur et tombe à point en ce début de printemps quand certains de nos courageux confinés, en quête de soleil et d’exercices, s’apprêteront à dompter leur bicyclette!

Vos minis sont des amateurs de camping dans les parcs nationaux de l’Ouest canadien? Présentez-leur le personnage Wapi LeWapiti de Chloé Baillargeon!

La réputation d’Elise Gravel n’est plus à faire; pourquoi ne pas se servir de La patate à vélo pour démarrer une situation d’écriture avec vos petits?

Pour vos plus vieux, optez pour L’ère de l’Expansion de Mathieu Muir. Les enjeux environnementaux, sociaux et politiques y sont brillamment abordés.

Finalement, offrez-vous un moment de liberté. Empruntez Kukum, de Michel Jean.

Sur l’écriture

4. Le personnage d’Abigaelle Michaud, la jeune optométriste qui cherche l’homme idéal (Abigaëlle et le date coaching), devient mère (Abigaëlle et la séduction prénatale) et vit des problèmes conjugaux (Abigaëlle et la retraite amoureuse) attire une grande sympathie des lecteurs. Qui est le prototype d’Abigaëlle? 

Je m’étais déjà établie à Edmonton quand j’ai débuté l’écriture de la série, alors je m’adressais, en quelque sorte, à travers mon projet, à mes cousines et mes copines pour qui le cauchemar du dating perdurait. Je suis, je dois l’avouer, une hypersensible qui, comme Abigaëlle, analyse à outrance. Les lecteurs pourront déceler dans mes textes un brin de vulnérabilité et des anecdotes comico-tragiques pouvant parfois être inspirées de mon quotidien.

5. La série d’Abigaëlle qui englobe les diverses expériences de femmes, y compris la recherche de l'amour, la vie du couple, de la famille ramène à l'esprit les sagas familiales contemporaines. Pourquoi un tel choix de sujets ?

L’amour, la famille et la recherche de connexions demeurent des éléments centraux dans ma vie. Peu importe nos aspirations, notre rythme, la pression qu’on se crée, il n’en demeure pas moins que nous sommes des êtres humains qui vivent dans le regard de l’autre et qui souhaitent avoir des relations harmonieuses avec chacun des membres de notre clan. Je pense que ce sont là des sujets qui peuvent susciter l’intérêt et répondre au besoin d’un lectorat. Et si votre seule et unique raison de lire Abigaëlle est de passer un bon moment, et bien… grand bien vous fasse!

6. On dévore vos romans en poursuivant les péripéties de la sympathique Abigaelle. Il y a beaucoup de dialogues dans vos romans, de dialogues drôles et truffés de mots anglais et d’expressions quotidiennes. Est-ce que le français parlé en Alberta est votre première source d’inspiration?

Quand j’écris qu’il y a 13 ans, je suis tombée sous le charme de l’accent de l’endroit, il faut me croire mot pour mot. Mon mari, Réjean, est un franco-albertain de Saint-Paul et nos deux petits Dallaire n’ont ni mon accent, (je suis originaire de la région de Chaudière-Appalaches) ni celui de leur père! Si nous faisions un tour de table au brunch de la famille élargie (sur Zoom, bien sûr), vous pourriez nettement entendre qu’il y a une variation entre l’accent de mon mari et celui de son frère Roger, mais rien d’aussi notable entre mon mari et sa sœur. Quant aux cousins… Vous me suivez?

Si tant de nuances peuvent se retrouver au sein d’une même famille, vous comprendrez pourquoi maintenant que des projets de fiction se développent ici dans l’Ouest, des réalisatrices comme Jessica L’Heureux font appel à des linguistes pour travailler avec les comédiens avant les tournages, par souci de justesse.

7. Vous avez écrit le scénario pour Abigaëlle et le date coaching qui a inspiré une série web. Depuis le février 2020, les internautes peuvent suivre Abigaëlle et la séduction prénatale ou la saison 2. Les deux saisons sont en diffusion sur le site de TV5Unis. En écrivant les scenarios, avez-vous dû raccourcir les intrigues, supprimer des personnages ou en ajouter de nouveaux ?

Tout cela! L’adaptation du premier roman a été un défi immense… Un travail d’équipe soutenu par des mentors et documenté par je ne sais plus combien de versions d’épisodes dialogués presque finales.

L’élément qui influençait les décisions de la production était incontestablement le budget. Le micro-budget, dans ce cas-ci, car Far West Productions était financé d’une part par le Programme de production à micro-budget de Téléfilm Canada, soutenu par le Fond des talents. Le budget détermine en quelque sorte le nombre de comédiens alloués sur le plateau et donc, le nombre de personnages permis au scénario. Notre équipe, qui comptait alors la réalisatrice associée Geneviève Tardif Fawcett, a fait le tri. Un exercice déstabilisant quand les personnages nous habitent déjà. En fait, les personnages existaient déjà non seulement pour moi, mais aussi pour les lecteurs et lectrices dont les attentes m’importaient.

Si vous lisez mes romans après avoir visionné les épisodes, vous ferez la rencontre de Gina, la sœur de Guillaume, qui est au cœur de l’intrigue du tome 3, mais qui est complétement absente de la série web.

Quant aux rêves récurrents qui hantent Abigaëlle tout au long de la trilogie, celui du tome 1 a dû être mis de côté. Par contre, pour la scénarisation de la saison 2, à laquelle j’ai participé à titre de consultante, le scénariste Alex Veilleux a su l’intégrer avec brio. Le rêve a d'ailleurs permis des compositions d'images beaucoup plus dramatiques de notre directeur photo, Benoit Pellerin. Benoit utilise l'ombre et la lumière pour présenter le monde d'une façon qui me coupe le souffle chaque fois... Ses plans d'Old Strathcona, de River Valley et de la rivière Saskatchewan Nord sont un vibrant hommage à notre ville. Et il y a l'épisode 6, Comme dans un film... C'est celui que je pourrais écouter en boucle; c'est visuellement éclaté. Conclusion? L'adaptation des romans fût une tâche complexe et je suis fière du résultat.

Sur la francophonie et l’Alberta

8. La série web d’Abigaëlle, la première fiction francophone à voir le jour en Alberta, a été entièrement produite et tournée dans le quartier francophone d’Edmonton avec les acteurs de l'Ouest. Selon vous, reflète-elle la réalité des communautés francophones de l'Ouest canadien? Contribue-t-elle à renforcer l'identité des francophones hors Québec ?

L’une des priorités de Far West Productions avec Abigaëlle était de présenter notre perspective, notre réalité. Non seulement la production de la série web a permis aux gens d’ici de se voir et de s’entendre à l’écran, mais elle a aussi donné l’occasion à toute une communauté de s’impliquer, de participer: figurants, membres de l’équipe technique, artistes de la relève, bénévoles… Pour reprendre les mots de Corey Loranger, «C'est rare que lorsqu'on barre les rues pour un tournage, les gens sont heureux!». Les gens étaient heureux parce que c’était leur projet. C’est ce que j’observe depuis que je me suis installée dans les Prairies. Les hommes et les femmes qui m’ont accueillie sont chaleureux, passionnés, game, débrouillards… et ils n’ont pas peur de cuisiner pour 80… 150 personnes! Parce que c’est ce qu’ils font. Ils se rassemblent, ils participent et je crois que c’est quand les gens sont actifs dans l’expression de leur identité culturelle qu’ils en retirent la plus grande valorisation.

9. Vous vous considérez comme une écrivaine engagée?

Je suis une enseignante profondément engagée dans la transmission de ma passion pour l’écriture auprès de mes élèves. Inversement, je suis une écrivaine qui, laisse activement ma créativité colorer mon enseignement.

10. Que vous inspire le mot francophonie ?

La francophonie reste d’abord et avant tout pour moi la promesse de rencontres, à différents endroits, à différents moments, de gens qui choisissent le français dans leur vie et qui sont prêts à s’accueillir, à s’ouvrir et à se construire.

Biographie de Stéphanie Bourgault-Dallaire

Auteure, enseignante et maman, Stéphanie Bourgault-Dallaire détient un baccalauréat en enseignement de l’Université de Sherbrooke. Québécoise d’origine et franco-albertaine d’adoption, elle enseigne depuis 2007 au sein du Conseil scolaire Centre-Nord à Edmonton, en Alberta.

Elle crée des univers à la fois drôles et touchants pour ses personnages de la trilogie Abigaëlle. Stéphanie Bourgault-Dallaire est également scénariste de la saison 1 de toute première websérie franco-albertaine qui met sur l’écran les aventures de la sympathique Abigaëlle. Sa plume habile et son humour déroutant ont été lus dans Le Franco, un hebdomadaire albertain.

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