10 questions à Pierre-Luc Bélanger

Crédit photo : Robin Spencer

Auteur franco-ontarien, Pierre-Luc Bélanger a écrit plusieurs romans jeunesse qui lui ont valu de multiples prix. Amateur d’aventures, passionné de polars et très attentif à la beauté de la nature canadienne, Pierre-Luc a commencé à écrire à l’âge de 13 ans. Il est un pédagogue qui se spécialise en littératie et en enseignement du français au secondaire. Donc, il connaît bien le monde des adolescents. Il explore dans ses romans les thèmes propres au public des jeunes, notamment la quête identitaire, la persévérance, l’amour et le rêve sans négliger les thèmes plus difficiles comme la consommation, la mort ou l’abus.

Il a généreusement répondu à nos questions en dévoilant plusieurs secrets de ses créations.

Sur la création 

1. Vos romans débordent d’aventures et de personnages. Quelle est votre démarche d’écriture? Est-ce un projet de longue haleine?

Il m’arrive fréquemment d’avoir une idée soudaine. Un coup d’éclair si l’on veut. Généralement, je me dis « Ah, je pourrais écrire une histoire à propos de… » ou bien « Voilà un bon nom pour un personnage! ». Alors, je note mes idées et me promets d’y revenir un jour. Généralement au printemps, je choisis à quel projet d’écriture je me vouerai l’été venu. J’écris au mois de juillet. Au fil des ans, je me suis développé une routine. Chaque matin (ou presque) j’écris pendant deux heures. Je m’impose de créer un chapitre par jour. Ainsi je réussis à écrire un manuscrit au fil d’une vingtaine de jours. Je ne fais pas de plan détaillé. Lorsque je me mets à l’écriture, je sais comment débutera l’histoire et comment elle se terminera. Règle générale, je n’ai pas trop d’idées de ce qui se déroulera entre le point A et le point Z. Je me base sur l’action-réaction afin d’enchaîner des péripéties. En cours de route, mes idées deviennent souvent les titres des chapitres, puis je les développe.


2. Quels domaines nourrissent vos projets littéraires?

Le voyage! J’adore voyager. Au fil des ans, j’ai eu le privilège de parcourir le Canada et près d’une vingtaine de pays. Que ça soit une épopée en bateau, en voiture, en avion, en train ou en motoneige, j’aime découvrir les paysages, l’architecture et la nourriture. Mes aventures m’inspirent toujours à écrire.


3. Vous vous adressez aux jeunes lecteurs, est-ce votre façon de les initier à la lecture ou même à l’écriture?

À une certaine époque, il y avait peu de livres francophones pour les adolescents. Chez nos voisins du Sud, le créneau YA (Young Adult) est fort depuis des décennies. Je me suis dit que je souhaitais contribuer à l’offre. J’avais des histoires à raconter que j’aurais aimé lire. Oui, j’ai un désir d’inciter les jeunes à lire et à écrire. Je souhaite qu’ils s’amusent à partir à l’aventure grâce à la fiction.

Sur la lecture

4. La Bibliothèque des Amériques offre une grande collection des œuvres francophones, qu’elle soit de l’Acadie, des Antilles, de l’Ontario ou du Québec. Quels sont vos coups de cœur littéraires que vous souhaiteriez partager avec nos lecteurs de la Bibliothèque des Amériques?

Je suis un lecteur vorace depuis l’enfance. Je lis majoritairement des romans (beaucoup de polars). Toutefois, j’apprécie les genres variés. Voici quelques-uns de mes coups de cœur littéraires qui se trouvent dans la Bibliothèque des Amériques.

Lors du salon du livre de l’Outaouais 2019, où j’étais en séance de dédicaces, j’avais aperçu du coin de l’œil l’abécédaire AH! Pour Atlantique de Sylvain Rivière. Lors d’une pause, j’ai feuilleté l’album et j’ai décidé de m’en procurer une copie. Les poèmes maritimes et les illustrations m’ont charmé et transporté soudainement au bord de la mer.

Ma prochaine suggestion vise un public averti. Le roman Le vide de Patrick Senécal mène le lecteur dans un monde de déchéance, qui agrippe le lecteur et ne le lâche pas tout au long du trajet digne de montagnes russes. La surprise, la curiosité, le malaise, le dégoût, bref j’ai ressenti tout cela en lisant ce bouquin. Réussir à faire vivre des émotions et des sentiments au lecteur est toujours gage de succès. 

Voici d’autres titres coup de cœur en rafale : 178 secondes de Katia Canciani , Afghanistan de Véronique-Marie Kaye, Chroniques du Nouvel-Ontario d’Hélène Brodeur, Zizanie dans l’armoire de Cécile Beaulieu Brousseau, Maria Chapdelaine de Louis Hémon et Épines d’encre d’Andrée Christensen.


5. Patrick Chamoiseau, l’auteur martiniquais, confie dans Écrire en pays dominé qu’à la fin « d'une lecture, le monde ramené du livre poursuit en soi une vie autonome. On se trouve forcené de créer de nouvelles histoires à partir de ce monde ». Quelles sont les œuvres qui vous ont inspiré vos personnages ou les thèmes que vous abordez dans L’Odyssée des neiges, Disparue chez les Mayas, Ski, Blanche et avalanche et 24 heures de liberté ?

Le trésor de Brion de Jean Lemieux est à ce jour mon roman pour adolescents coup de cœur. C’était le premier vrai roman d’ado que je lisais. Il y avait de l’aventure, de l’amour, de la sexualité, de l’intrigue et des personnages tridimensionnels. Dans mes propres livres, je tente de toucher à ces éléments. Mon inspiration vient d’un peu partout, pas nécessairement de mes lectures. Par exemple, dans 24 heures de liberté, Sébastien Tardif est un stéréotype du bon garçon. Il me ressemble! Tandis qu’avec Ski, Blanche et avalanche je me suis amusé à créer un mauvais garçon, Cédric Poitras, et à lui faire vivre plein d’expériences que je n’ai jamais faites ou que je n’oserais pas faire. Du côté des thématiques, je mets souvent l’accent sur la quête identitaire, la persévérance, les relations intergénérationnelles, l’amour, le rêve et l’entraide. 

Sur l’œuvre

6. Plusieurs affinités se dessinent entre vos quatre romans publiés dans la collection 14-18 aux éditions David. Pourriez-vous présenter brièvement celles qui caractérisent le mieux votre œuvre littéraire?

Dans mes romans, je tente toujours de montrer une certaine vitalité linguistique francophone pancanadienne. Des francophones et des francophiles il y en a partout, d’un océan à l’autre. Alors, mes personnages, qu’ils soient à Ottawa ou dans les Rocheuses, parlent français. De plus, ceux-ci sont toujours bilingues, et parfois ils se débrouillent avec une troisième langue! C’est la réalité de beaucoup de jeunes lecteurs, alors, pourquoi pas les représenter dans la littérature? 

J’ai toujours des personnages de types grands-parents qui jouent des rôles importants. Je vais m’éloigner de cette dynamique intergénérationnelle avec mes prochains livres, afin de varier un peu. Il y a toujours beaucoup d’action et des dialogues percutants. Je favorise aussi les chapitres relativement courts, ainsi le lecteur ou la lectrice n’a pas le temps de se lasser avant de passer au prochain chapitre!


7. L’action de Ski, Blanche et avalanche, 24 heures de liberté et L’Odyssée des neiges se déroulent au Canada. Vous y évoquez la nature splendide et de magnifiques paysages canadiens. Vous transportez vos lecteurs au Mexique avec Disparue chez les Mayas où vous parlez du « Mexique actuel est bien loin des cactus, des sombreros et des maracas, bref des stéréotypes que l’on nous présente dans les films ».Quels sont les référents culturels du Mexique qui vous séduisent le plus?

Plusieurs de mes plus beaux souvenirs de voyage tant au Canada qu’à l’étranger touchent la nature. Admirer des chutes d’eau, des plages, des chaînes de montagnes, marcher dans le désert du Sahara… que c’est beau, que c’est inspirant! Évidemment, je tente de permettre aux lecteurs et aux lectrices de visualiser les lieux tout en lisant afin de s’imprégner du lieu.

Lorsque j’ai écrit Disparue chez les Mayas, je me suis inspiré d’une crainte, soit celle de perdre un enfant dont on est responsable. J’ai choisi de situer l’action au Mexique, car c’est l’un des pays que j’ai le plus visités. Que ce soit la beauté des stations balnéaires, les impressionnants sites archéologiques (Tulum, Chichén Itzá), la nourriture savoureuse, la musique entraînante et les rencontres avec les Mexicains et les Mexicaines, il y a tant de raisons de vouloir visiter ce superbe pays. La péninsule du Yucatan est un lieu idyllique tant pour les amateurs de farniente que d’action.

Dans mon roman il y a du drame et du crime et d’autres tristes réalités qui touchent multiples pays. Toutefois il y aussi beaucoup de positif. Je valorise le côté culturel du pays. Je présente des personnages qui font preuve de bonté et de bienveillance.

Depuis la publication de ce roman, je suis retourné au Mexique afin d’explorer la ville de Mexico. Ce voyage demeure un de mes coups de cœur. Comment ne pas tomber en amour avec cette ville lorsque l’on visite le parc et le château de Chapultepec, ou bien le Musée national d’anthropologie, lorsque l’on assiste à une représentation du ballet folklorique ou quand l’on se rend jusqu’à Teotihucan afin d’admirer l’ingéniosité humaine?


8. Comment suscitez-vous et maintenez-vous l’intérêt des jeunes lecteurs et lectrices?

Je crois qu’il est important de traiter les adolescents comme des ados, pas des enfants. Il n’est pas nécessaire de tout mettre dans la ouate. Ils peuvent comprendre des situations difficiles, des conflits intérieurs… bref la vraie vie. Les personnages et les sujets que je présente dans mes livres sont actuels. Ils présentent la réalité des jeunes. Les adolescents aiment lire à propos de jeunes de leur âge, ou un peu plus vieux. Étant donné que la notion du temps n’est pas la même pour un ado que pour un adulte, un personnage plus jeune qu’eux est automatiquement un enfant et ce qu’il vit semble peu réaliste. Il ne faut pas craindre les sujets délicats (traite humaine, consommation, mort, abus…), cependant on peut les explorer avec tact. Je crois qu’il est aussi important d’avoir des titres (de livre et de chapitres) qui sont accrocheurs. Il faut miser sur des chapitres assez brefs et idéalement qui se terminent de façon à piquer la curiosité et pousser le lecteur ou la lectrice à se dire « Oh, je vais en lire un autre! »

Sur l’Ontario francophone 

9. Est-ce que vivre en communauté francophone minoritaire influence votre rapport à l’art et la création?

J’ai le privilège d’avoir une vie personnelle et professionnelle qui se déroule presque uniquement en français. Je sais que c’est rare en milieu minoritaire. L’art est une des meilleures façons de partager, de découvrir et d’aimer une langue. J’écris en français. Je souhaite que les lecteurs et les lectrices puissent se reconnaître, car il y a des francophones partout dans le monde. Il est important que les auteurs et les éditeurs valorisent la diversité. Le français se parle d’un hémisphère à l’autre et elle est parfumée par les expressions et la musicalité des accents. Il faut miser sur ce qui nous unit au lieu de chercher nos différences.

10. Que vous inspire le mot franco-ontarien?

Être fier de parler le français en Ontario. Ne pas s’asseoir sur les acquis du passé. Lutter, au besoin. Vivre et être heureux.

Biographie de Pierre-Luc Bélanger

Natif d'Ottawa, Pierre-Luc Bélanger est un pédagogue qui consacre ses étés à l'écriture. Il a publié les romans pour adolescents: 24 heures de liberté, Ski, Blanche et avalanche, Disparue chez les Mayas et L’Odyssée des neiges, qui lui ont valu plusieurs reconnaissances, dont le Prix du livre d'enfant Trillium 2017 et le Prix Champlain 2020 dans la catégorie jeunesse. Son second roman a même été traduit en russe! Passionné de voyage et de sports de plein air il s'en inspire pour écrire. Vous pouvez suivre sa #viedauteur en visitant www.plbelanger.com. C’est un rendez-vous! 


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